1952. L'asile de St. Dymphna accueille de nombreux patients, meurtriers, malades ou même sorcières de toutes origines. Et vous, pourquoi êtes-vous ici ?
 

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« And I pray, my Lord, to flee » | Þórbjörn [Terminé]

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Mar 19 Avr - 23:55
Siri E. Holberg & Þórbjörn M. Holberg

« And I pray, my Lord, to flee »
Siri ne croyait pas.

Elle était baptisée et protestante, comme tout le monde en Islande à cette époque-ci, mais elle ne croyait pas. Elle ne croyait pas parce que la notion de Dieu lui échappait. Elle ne croyait pas que quelqu'un puisse être là, en haut, à les observer, à commander leurs faits et gestes, à les forcer à suivre un destin qu’ils ne choisissent pas. Et ce n’est pas comme si ses parents n’avaient pas essayé. S’ils la forçaient à aller à l’Eglise régulièrement quand elle était plus jeune, une fois qu’elle fût capable de rester seule plusieurs heures, ils préférèrent la laisser à la maison. Chose étonnante, son frère cadet, Þórbjörn, était bien croyant, pour le plus grand plaisir de pappa et mamma Holberg. Ce qui les confortait dans l’idée que lui, il était normal. Après tout lui, il ne piquait pas de crise, il ne cassait pas tout, il ne les insultait pas. Lui, il était sage. Lui, c’était un enfant modèle, la croix autour du cou. Pour autant, ils ne détestaient pas leur fille, et elle les aimait comme une enfant aime ses parents. Ils étaient juste inquiets. Et priaient de tout leur cœur pour que leur gentille fille guérisse. Auquel cas elle ne serait pas ici, ainsi donc leurs prières furent bien inutiles.

Marchant dans les couloirs de façon presque fantomatique, à savoir en fixant le sol et déambulant sans faire attention à son entourage, Siri dû rassurer les quelques nonnes qui la questionnèrent sur sa destination. Entendant cependant que la blonde voulait se rendre à la chapelle, elles décidèrent que c’était une bonne initiative et qu’elle pouvait bien évidemment aller demander au Seigneur un peu de son aide, ou tout simplement confesser ses péchés, qui sait. La Norvégienne ne releva jamais, n’étant pas bavarde de nature de toute façon. Le Seigneur, hein. S’il était vraiment là, alors il faisait vraiment mal son job. C’est ce qu’elle pensait. Après tout, rien n’allait dans sa vie. Ni dans la sienne, ni dans celle de toutes les personnes présentes dans cet asile, après tout. Pourquoi faire des gens malades ? Peut-être Dieu pouvait-il rater ses créations, parfois ? Comme quand un artiste essaie de dessiner et rate, froisse le papier et le jette en visant la poubelle, rate encore une fois et laisse la boule froissée traîner au sol. Voilà ce qu’ils étaient : des projets foirés et abandonnés. Elle est belle, la divinité censée réguler leurs vies.

Encore pouvait-elle se ficher de sa propre vie, mais s’il était une chose qu’elle ne pardonnerait jamais à qui que ce soit, c’était de gâcher la vie de son frère. Son bien-aimé petit frère, son centre du monde, celui qui la faisait vivre de par sa simple existence. Elle le chérissait tellement que leur lien n’avait plus rien de fraternel. Et si le regard des autres avait toujours très peu importé à Siri, elle savait que c’était différent pour lui. Þórbjörn voulait être bien. Et il l’était. C’était, aux yeux de Siri, l’être le plus pur, le plus gentil, le plus intelligent, le plus merveilleux qui soit. Point de vue biaisé, sans doute, mais elle en était plus que persuadée. Et pour lui, elle aurait fait n’importe quoi, d’où sa petite promenade jusqu'à la chapelle.

L’endroit lui paraissait paradoxalement extrêmement glauque. Des bancs, vides ou occupés par deux ou trois nonnes déjà concentrées dans leurs prières. Des décorations presque douteuses à son goût. Et Lui, là, qui les observait. La jeune fille eut un mouvement de recul, mais elle se rappelait de la raison de sa venue, et ça lui redonna assez de forces pour enfin entrer dans le lieu sacré. Elle n’avait pas l’habitude d’être seule, sans la compagnie tant aimée de son frère, encore moins dans un endroit religieux. Que devait-elle faire ? S’asseoir, joindre les mains et demander très fort ce qu’elle voulait ? Ou se confesser dans la petite pièce faite pour ? Urg. Non, elle ne voulait pas confesser. Elle ne comprenait pas ses torts. Elle avait conscience de ses péchés, mais n’avait pas envie d’en être lavée. Siri aimait ce qu’elle faisait avec son frère ; pire, elle l’aimait sincèrement, de tout son cœur, de tout son être, et personne ne lui retirerait ça. Elle ne voulait pas. Elle ne voulait pas, mais, son cher Þórbjörn...

... Il passait avant elle.

Remarquant les regards insistants de deux sœurs qui avaient arrêté de prier pour la dévisager, Siri s’avança vers un banc inoccupé et s’assit. Elle lissa un peu le bas de son uniforme, et leva ses yeux bleus vers le Seigneur. Elle était hésitante. Elle ne savait pas comment s’y prendre. Elle l’avait su, quand elle n’était qu’une enfant, mais elle avait oublié. Elle joignit ses mains et, croisant les doigts, elle ferma les yeux et se concentra. Après ça, elle trifouilla dans tous les coins de sa tête. De son esprit. Que voulait-elle vraiment ? Pourquoi s’était-elle ainsi déplacée, seule, sans une once de croyance pour Lui ? Au fond, quoi qu’elle fasse, le but final était le même : rendre Þórri heureux. C’était la seule chose pour laquelle elle ferait des efforts. La seule chose qui lui donnait envie de changer. Et même si sa maladie lui faisait faire des choses jugées horribles, malsaines, immondes… Elle se battrait. Non pas pour sortir d’ici, et même si elle n’en pouvait déjà plus, après seulement quelques jours. Non. Pour lui. Juste pour lui.

Alors elle laissa s’échapper un murmure de ses lèvres rougies, rongées par trop de nervosité engendrée par une séparation trop longue de son aimé.

– Je vous en supplie. Je vous en supplie. Faites que je guérisse.
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Dim 1 Mai - 22:40
And I pray, my lord, to flee.
Siri & Þórbjörn Holberg
La notion de Dieu est quelque chose de difficile à concevoir. Traditionnellement, on s'imagine un vieux barbu qui nous observe depuis un nuage tout blanc. Þórbjörn ne voyait pas trop ça de cette manière. Pour lui, c'était quelque chose de plus profond, de moins caricatural, de moins cartoonesque. Dieu, c'était pour lui quelque chose d'abstrait, qui dicte la bonne conduite depuis la nuit des temps. Quelque chose qui les aurait mis sur Terre, lui et les autres, dans un but précis, un scénario écrit depuis des millénaires dans un but qui les dépasserait tous. Il ne cherchait pas spécialement à plaire à ce Dieu si loin, tout simplement parce qu'il estimait qu'il n'était qu'une fourmi à l'échelle de l'humanité. Et lui, les fourmis, il mettait le pied dedans et les écrasait sans remords, et sans chercher laquelle le méritait le plus.

La preuve était qu'il vivait encore, malgré qu'il avait frôlé la mort. Et ses péchés les plus sombres et indicibles n'avaient jamais été punis. D'aucuns auraient pu croire que les cicatrices qui couvraient à présent son corps rachitique étaient une punition suffisante. Mais pour les avoir, il avait atteint l'extase, le brasier autour de lui avait tout du paradis à ses yeux, et il ne se rappelait pas avoir déjà eu un tel orgasme. Bien sûr, il n'allait pas l'avouer à Siri, la demoiselle aurait été foutue lui foutre le feu pour être toujours associée à la jouissance. Enfin peut-être pas, mais il n'allait pas non plus la rendre jalouse d'un feu de bois.

Il ne se souvenait plus de l'effet que lui faisait le corps nu de sa soeur aînée, il s'était abstenu trop longtemps, et s'il n'avait jamais ressenti le manque, il ne concevait plus l'acte comme quelque chose de quotidien et d'agréable. Ajoutez à cela l'angoisse du regard fraternel sur son corps mutilé et l'ambiance générale de l'asile, et son envie était étouffée dans l'oeuf. Mais Siri en avait besoin. Elle avait besoin de lui. Et ça lui faisait mal de ne pouvoir assouvir les besoins primaires et bestiaux de la seule personne qui comptait dans son univers. Il essayait de se forcer, mais il n'en résultait que de longs silences souvent interprétés comme de l'animosité. Þórbjörn était habituellement un jeune homme enjoué et serviable. A présent, il ne se reconnaissait plus. Il n'avait envie de rien, et ses journées étaient aussi vides que sa tête. Même s'il n'était pas attaché la nuit, il ne trouvait le sommeil qu'après de longues heures passées à se tourner et se retourner dans son lit. Et la chaleur des flammes lui manquait cruellement.

Le sexe ne l'attirait plus, et le feu était loin d'être à portée de main. Sa soeur était au fond du trou, et il était enfermé entre quatre murs. Que lui restait-il ? Dieu. Sa présence était toute puissante, et même dans le pire endroit sur Terre on pouvait compter sur Lui ou s'adresser à Lui, n'est-ce pas ? Peut-être pas. Le fait que l'endroit soit tenu par des nonnes avait d'abord rassuré Þórbjörn : un endroit géré par des serviteurs du Seigneur ne pouvait pas être si affreux que ça. Sauf qu'il n'avait pas prévu que s'il était interné dans cet asile, c'est qu'il n'avait pas la faveur du Seigneur, qui semblait alors s'être totalement désintéressé du destin de la poignée d'âmes égarées qui peuplaient les lieux. Livrés à la merci de gens douteux qui se permettaient alors de les juger à Sa place, comment diable pourraient-ils guérir, ou même obtenir un pardon ?

Ajoutons à cela des histoires de résurrection, et la foi de Þórbjörn était plus que mise à l'épreuve. Il n'avait jamais porté la main à sa croix autant de fois en si peu de temps. Les prières usuelles s'échappaient de ses lèvres à une cadence folle, et il avait l'impression de gaspiller sa salive dans le vide. L'entendait-Il ? Se souciait-il d'accorder un seul regard à ce microcosme de cruauté humaine ? Ou était-il condamné à être une fourmi ?

Þórbjörn avait naturellement déjà visité la chapelle plus d'une fois, mais ne s'attardait jamais bien longtemps. Les regards dédaigneux des nonnes le mettaient mal à l'aise, et elles lui donnaient l'impression désagréable qu'il ne méritait même pas de prier, de tenter d'amener sur lui l'attention du Tout-puissant, qui avait manifestement mieux à faire que de s'abaisser à écouter un immonde petit pécheur, coupable d'inceste et de cruauté sur certaines des plus innocentes de Ses créatures. Il préférait la plupart du temps prier sur son lit, à genoux en fermant fort les yeux. Il priait pour les choses usuelles, pour la santé et la prospérité de tous.

Ce matin-là, il avait quand même décidé d'adresser ses prières dans la maison du Seigneur. Il voulait profiter de l'heure pour prier en paix, dans l'espoir de croiser le moins de nonnes possibles. Malheureusement, deux d'entre elles avaient pris place dans la chapelle en plein milieu de sa prière. Il avait été suffisamment perturbé pour être chassé de l'endroit par leur simple présence. Mais à peine avait-il fait quelques pas qu'il avait entendu les pas de quelqu'un d'autre qui s'approchait de la chapelle. Croyant d'abord à une nonne, il se nicha dans un coin à l'abri des regards, pour éviter de croiser l'air dédaigneux qu'il se représentait. Au lieu de ça, c'est des pas rapides qu'il entendit, et la silhouette de Siri qu'il distingua.

Curieux de savoir ce que son aînée pouvait bien vouloir fabriquer dans la chapelle, il la suivit. Il savait pertinemment qu'elle ne croyait pas, et se sentait même un peu idiot à côté d'elle, ayant un peu l'impression d'être un enfant crédule qu'elle ménagerait. Þórbjörn resta derrière elle en silence, et écouta sa demande au Seigneur. Il resta pantois un instant. Guérir ? Elle voulait guérir ? Mais pourquoi ? Il l'avait pourtant entendue distinctement dire qu'elle ne souhaitait pas guérir, puisqu'elle aimait être amoureuse. Il ne savait pas quoi faire de cette information, alors il se contenta de s'asseoir, et de poser sa main sur celles de Siri.

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Lun 2 Mai - 18:06
Siri E. Holberg & Þórbjörn M. Holberg

« And I pray, my Lord, to flee »
Lorsqu’elle était petite, Siri observait avec admiration les flammes que réussissait à produire son frère cadet. Elle l’enviait un peu, pour être honnête, d’être capable de faire quelque chose de ses petits doigts boudinés d’enfant. Elle, elle ne savait rien faire, si ce n’est préparer des tartes aux fruits rouges, la seule chose comestible qu’elle pouvait cuisiner. Tous ses autres essais à la cuisine n’étaient que très peu concluants, et si son père avait souri gentiment en goûtant son ragoût de mouton, elle n’avait pas été dupe devant sa mère en train de recracher le contenu de son estomac dans les toilettes et la grimace silencieuse de Þórbjörn. Alors oui, elle savait faire des tartes aux fruits rouges. Et c’était tout. Si elle s’essayait à la couture, elle cousait plus ses doigts que le tissu. Si elle voulait peindre quelque chose, elle se retrouvait d’une façon ou d’une autre avec plus de peinture sur son tablier que sur sa toile. Lorsqu’elle avait tenté de sculpter un bout de bois, son index avait failli y rester. Un véritable danger public.

Þórri, au contraire, jouait avec quelque chose considéré comme naturellement dangereux : le feu. Et pourtant, il se blessait bien moins que Siri avec un pinceau dans la main. Et à défaut de peindre quoi que ce soit, il était capable de produire de véritables œuvres d’art, du moins du point de vue de sa sœur qui le vénérait presque. Enfin, non, totalement, en fait. C’était malsain. Pour plusieurs raisons ; déjà parce que c’est pas net de vouer un culte à son frère, ensuite parce qu’elle l’encourageait dans sa pyromanie. C’est vrai que, plus jeune, elle ne se rendait pas bien compte que son frère était malade, et aujourd'hui encore, elle n’est pas sûre de savoir pourquoi il a été enfermé ici, avec elle, puisqu'elle se considère comme la seule pécheuse du duo. Après tout, c’était elle qui avait envie de sexe avec lui, et même s’il n’avait jamais refusé avant leur internat, elle était consciente que c’était son obsession à elle et pas la sienne.

Si elle avait été diagnostiquée comme nymphomane, Siri n’était pas sûre de comprendre les tenants et les aboutissants de sa maladie. Elle ne se sentait pas à l’aise quand on lui affublait un mot aussi violent que « nymphomanie », et elle ne comprenait même pas pourquoi il existait un mot pour ça. Le concept de l’inceste, en revanche, elle l’avait saisi, et elle pouvait s’imaginer le pourquoi du comment que l’inceste, ben c’est pas bien. Parce que ça ne se fait pas quand on a un lien du sang, parce qu’ils ont été élevés ensemble, parce que c’est contre nature, ou encore parce que si par malheur elle tombait enceinte, l’enfant avait des risques d’être mal foutu. Mais Dieu avait été ironiquement assez clément pour détraquer ses entrailles, et elle ne pourrait jamais enfanter, alors ce dernier point ne s’appliquait pas à elle. Ce qui parfois pouvait l’attrister, puisqu'elle adorait les enfants, mais elle préférait voir le bon côté et se dire qu’après tout, s’Il l’avait faite stérile et amoureuse de son frère, c’est que ce n’était pas anodin.

La jeune fille s’était retrouvée confrontée à Marlene qui, elle, était ce qu’elle appellerait dans sa tête une « vraie » nymphomane. Elle avait eu des tas d’expériences, plusieurs hommes, même des femmes. Elle était à présent fiancée à Berwald, mais avant d’être sagement rangée, elle avait dû en voir et en ressentir, des choses. A l’inverse, Siri n’avait d’yeux que pour Þórbjörn, et ça s’appliquait aussi pour le corps. Elle n’avait jamais ressenti l’envie de coucher, de toucher ou même de voir quelqu'un d’autre que lui. C’était un amour sincère et non pas une simple soif de sexe. Il était cependant vrai qu’elle en avait envie, énormément, souvent. Tout le temps. Alors oui, peut-être avait-elle un souci avec le corps de son petit frère. Mais elle ne concevait pas d’être diagnostiquée de la même façon que sa nouvelle amie qui elle, avait vécu les choses très différemment.

C’était ça, le problème, et elle s’en était rendue compte quand les deux fiancés lui avaient proposé d’avoir une relation sexuelle avec eux. Son estomac s’était alors noué, et une panique grandissante l’avait envahie. Elle avait alors réalisé qu’elle avait peur d’être touchée. Elle était terrorisée à l’idée de s’abandonner à un autre, et elle avait pris conscience que si elle aimait tant enchaîner son corps à celui de Þórbjörn, c’est parce qu’elle avait une confiance aveugle en lui. Il n’était pourtant pas le plus doué dans ce domaine, et sans doute que Marlene aurait pu la combler d’une main de maître, mais non. Ça ne passait pas. Elle se retrouvait bloquée, parce que paralysée à l’idée que des doigts encore inconnus puissent parcourir les endroits les plus intimes de son anatomie. Elle ne se voyait pas faire ça avec quelqu'un d’autre que lui. Et comme il n’en avait plus envie, elle était seule avec sa perversion. Et une perversion non-assouvie, elle l’avait expérimenté, ça vous tord les tripes, si bien qu’elle ressentait presque de la douleur en l’absence des caresses de son frère.

Alors en effet, Siri avait peur de guérir. Parce que ce qu’on lui reprochait ici-bas, c’était aussi et surtout l’amour déplacé qu’elle portait à son frère de sang. Et elle pensait que si on le lui retirait, elle n’aurait plus rien. Plus de but dans la vie. Puisque son seul et unique désir était la joie de Þórri. Joie qu’il semblait avoir perdu dans cet endroit lugubre, pour le plus grand désarroi de l’aînée qui ne savait plus quoi faire pour lui rendre le sourire. Elle avait l’impression de le perdre petit à petit et, pour une pointe d’humour noir, elle le voyait s’éteindre à petit feu. Et ça aussi, ça la paniquait. Elle qui était considérée comme une femme forte, chez elle, prête à latter le cul du premier à la faire chier, elle ou son frère, ici, tout la terrorisait. Elle ne contrôlait plus rien et ça la déroutait complètement. Siri ne voulait pas que son frère s’éteigne. Elle voulait qu’il sourit, comme avant. Qu’il lui raconte, avec ses yeux brillants encore un peu enfantins, comment il a mis le feu au pull de ce crétin de Krístin. Son petit frère si joyeux et plein de vie lui manquait affreusement. Et pour elle, même si elle savait que son plus grand manque était celui de craquer une allumette contre une branche, c’était en majorité de sa faute.

Parce que c’est sa grande sœur. Elle doit le protéger. Et elle ne remplissait son rôle d’aucune façon.

Sa réaction fût très discrète lorsqu'elle senti la main froide de son frère se poser sur les siennes. Elle connaissait cette main par cœur, alors elle n’eut que très peu de doutes sur l’identité de son possesseur, et ouvrit doucement les yeux afin de le regarder. Elle n’était pas surprise de le voir en un tel lieu. Siri écarta ses mains pour entourer celle de Þórbjörn et la serrer doucement. A ce stade, tout contact physique était bon à prendre, et elle adorait l’avoir simplement près d’elle. Elle lui lança cependant un regard interrogateur. Elle ne s’attendait pas à être stoppée dans sa prière, il était rare qu’elle soit de bonne foi.
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Mer 4 Mai - 15:01
And I pray, my lord, to flee.
Siri & Þórbjörn Holberg
De toute son enfance, Þórbjörn ne se rappelait pas avoir une seule fois vu sa soeur prier. Ce n'était définitivement pas dans les habitudes de Siri, et ça ne le dérangeait pas non plus. Il n'était pas abilité à juger de comment les gens croient, ou ne croient pas. Il n'avait d'ailleurs jamais posé la question à son aînée, ce n'était pas ses affaires, et elle était libre de penser et de faire ce qu'elle veut. Elle en assumerait les conséquences, comme lui-même assumerait les conséquences de chacun de ses actes, aussi répréhensibles soient-ils. Et puis, si on avait rien à demander au Seigneur, à quoi ça servait de prier ? A part ajouter une voix inutile de plus au brouhaha des demandes expresses faites à ce pauvre Dieu qui devait sûrement être surmené. Peut-être les guerres étaient-elles le résultat d'un burn-out de Dieu ? Qui sait.

Mais que demander pendant une prière ? A cette question, Þórbjörn n'avait jamais su trouver de réponse satisfaisante, à ses yeux. La plupart du temps, il se contentait de prier pour les choses usuelles, la santé, la prospérité, le bonheur. Tout ce dont un être humain devait aspirer à obtenir, n'est-ce pas ? Lui avait déjà la santé, physique, on s'entend. La prospérité ne l'intéressait pas plus que ça, enfin tant que le contenu de son assiette suffisait à remplir son estomac, il s'estimait heureux et n'en demandait pas plus. C'était d'ailleurs une des qualités appréciables du jeune homme, il prenait ce qu'on lui donnait, sans faire de chichis, et avec gratitude. Jamais il n'avait demandé à reprendre de quoi que ce soit, et ce qu'il avait en trop, il le conservait ou le partageait, dépendant de quoi il s'agissait. Ce comportement était difficile à adopter à l'asile, où ce qu'on lui donnait suffisait à ses besoins, pas plus, pas moins, enfin si un peu moins. En tant qu'enfant de pêcheur plutôt aisé, il avait l'habitude d'être plus que bien nourri, et naturellement, son estomac et son corps étaient habitués à une alimentation plus riche et à une meilleure hygiène de vie.

Le bonheur, enfin, il n'avait pas besoin de le demander au Seigneur. Sa petite routine lui convenait parfaitement. Ses parents étaient gentils avec lui, il était gâté, mais pas pourri, et ses résultats scolaires étaient bons. Avant d'entrer à l'asile, il aidait aux travaux de voirie de la ville en dehors de la saison de pêche, et embarquait avec les autres marins quand l'heure était arrivée de prendre du poisson. C'était une vie routinière qui lui convenait parfaitement. Il était doué de ses mains, et c'était une qualité autrement utile que l'intellect, dans l'Islande du XIXe siècle. La seule tâche dans sa vie, c'était la maladie de sa soeur, qui le contraignait parfois à quitter le travail plus tôt ou à refuser une sortie en mer trop longue, pour éviter à sa mère de devoir gérer seule les humeurs de Siri.

On pourrait penser qu'il finirait par avoir une dent contre cette soeur qui handicapait un peu sa vie sociale et professionnelle, mais c'était loin d'être le cas. Þórbjörn profitait de ces moments pour s'adonner à sa passion destructrice, car Siri était la seule personne à tolérer sa fascination du feu et des braises rougeoyantes. Elle irait cafter à personne, et il pouvait se venger de ceux qu'il tenait, en revanche, pour responsables des petits tracas qu'il pouvait rencontrer. Si Siri était l'innocence, elle était redoutable pour lui, alimentant son narcissisme et ses délires paranoïaques en le mettant sur un piédestal qu'il n'avait jamais mérité. Mais si Þórbjörn aimait à se venger, il n'avait jamais demandé au Seigneur de le faire à sa place. Déjà parce qu'on n'était jamais mieux servis que par soi-même, et ensuite parce que c'était une trop basse besogne pour Dieu, qui avait certainement d'autres chats à fouetter.

Il n'avait jamais non plus demandé à guérir. Encore fallait-il qu'il eut conscience qu'il était malade, ce qui n'était pas le cas jusqu'à l'incendie, et le diagnostic sans appel des médecins. En entrant à l'asile, il avait réfléchit à ça, à la prière et à comment elle pourrait l'aider à guérir. Il pensait que si l'asile était tenu par des nonnes, ce n'était pas par hasard. Il avait pensé à confesser ses péchés, mais estimait alors qu'il ne devrait le faire que quand il ressentirait du remords, sinon ce n'était qu'hypocrisie, et Dieu n'était pas assez bête pour se laisser berner par de fausses excuses. Il avait de plus entendu Siri dire que jamais elle ne voulait guérir de son amour pour lui.

Alors si lui guérissait, il ne serait alors pas utile de le garder ici. Et donc il devrait partir. Et la laisser seule avec ses délires, sa violence, ses hurlements, ses crises de larmes. C'aurait été méchant de la laisser dans une telle situation. Þórbjörn devrait alors se garder d'être assez sain d'esprit aux yeux des nonnes pour sortir. Ce qui n'était pas dur, puisqu'elle considéraient qu'un coup de bite mal placé était forcément signe de démence. Encore fallait-il qu'il en retrouve l'usage.

"A qui parles-tu ?"

Les mots avaient été chuchotés à son oreille, suffisamment fort pour qu'elle l'entende, pas assez pour que les nonnes assises plus loin puissent en saisir le sens. Dans une chapelle, le moindre son est toujours reporté dans un infernal écho, qui laisse peu de place au secret et aux messes basses. Mais les messes hautes ne posaient cependant aucun problème.

Il posa son menton sur l'épaule de Siri, courbant son dos dans une position un peu inconfortable vu sa grande taille. A travers son uniforme boutonné jusqu'au cou, on pouvait distinguer les os de sa colonne vertébrale. Il avait un peu tremblé quand Siri avait serré sa main dans les siennes, se sentant un peu honteux de lui présenter une main aussi sale, aux ongles noirs de crasse. Mais il ne brisa pas le contact, ne voulant pas lui faire de peine, et ne tenant pas non plus à s'éloigner d'elle.


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Dim 8 Mai - 0:27
Siri E. Holberg & Þórbjörn M. Holberg

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Elle ferma les yeux, l’espace de quelques secondes, lorsque Þórbjörn chuchota à son oreille. Ils n’avaient jamais été aussi proches depuis leur arrivée à l’asile, et des mots aussi simples que cette question lui suffisaient amplement, à cet instant. Siri pouvait sentir son odeur, et son souffle sur sa peau. Elle ne se souvenait pas s’ils étaient différents d’avant ; sans doute, l’hygiène était loin d’être au même niveau que celle qu’ils avaient chez eux. Ça lui convenait. Tout lui convenait, du moment que c’était lui. Même sa main crasseuse. Elle la serrait doucement, tendrement, profitant de ce moment privilégié.

– Je parle à Lui.

La Norvégienne tendit le bras vers le haut de la chapelle et pointa de l’index la statue du Seigneur au visage aussi froid que le matériel dans lequel il était sculpté, sans doute. Elle était l’exemple parfait du cas de figure où on ne croit en Dieu que lorsqu'on a besoin de Lui. Et encore, même dans ces conditions, elle n’y croyait pas vraiment. Mais les médicaments ne marchaient pas. Et plus le temps passait, plus son frère s’éloignait. C’était le tout pour le tout.

Siri cala sa tête contre celle de Þórri. Elle détacha sa main droite de l’étreinte pour aller la perdre dans les cheveux du plus jeune dans un geste tendre. Plus elle y pensait, plus leurs contacts physiques lui manquaient. Mais elle devait tenir bon, pour lui. La jeune fille n’aimait pas faire subir ce genre de choses à son frère, paradoxalement. Parce que oui, sur le moment, elle éprouvait autant de plaisir qu’elle ne pourrait jamais en ressentir autrement. Mais c’était sans compter sur le poids des regrets qui l’étouffait à présent. Elle ne s’était jamais rendue compte, avant leur arrivée ici, à quel point, peut-être, son comportement faisait du mal à son cadet. Même s’il ne s’en était jamais plaint. Il l’avait rappelée à l’ordre quelques jours auparavant. Ça avait été un déclic, et une véritable réflexion sur ses agissements avait alors commencé dans son cerveau diagnostiqué détraqué.

– Je pensais que tu priais le matin. Qu’est-ce que tu fais ici ?

La blonde murmurait tout aussi bas que lui, ne voulant pas attirer la colère des nonnes qui s’énerveraient déjà en remarquant la proximité du frère et de la sœur. Dans une fratrie normale, elles n’y auraient sans doute pas fait attention, mais connaissant leurs péchés, elles les sépareraient sûrement d’une minute à une autre. Siri n’en avait pas envie. Elle était si bien, ne serait-ce que pour quelques minutes.
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Jeu 26 Mai - 16:27
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Siri & Þórbjörn Holberg
A Lui. Elle lui parlait, à Lui. Cette entité inconnue à laquelle on affuble toujours une majuscule à l'écrit, en signe de respect ou pour bien montrer qu'on parle de Lui, et non pas du premier crétin venu. A l'oral, cette majuscule était difficilement perceptible, mais, assise dans une chapelle, il n'y avait pas beaucoup de "lui" vers qui Siri pouvait diriger ses pensées. L'initiative était, comme on l'a suffisamment répété, plutôt étonnante de la part de Siri. Peut-être que quelque chose se produisait bel et bien, dans cet asile de fous. Que les plus sceptiques se tournaient vers la lumière du Seigneur, et que les plus croyants s'en détournaient, un goût amer au fond de la bouche.

"Tu crois sincèrement qu'il peut t'entendre ?"

Il n'avait pas spécialement envie d'être défaitiste, mais il lui semblait alors que les murs de l'asile étaient trop épais pour que le Seigneur puisse entendre les murmures désespérés des âmes perdues de St Dymphnia. Et quand bien même Il les entendait, il n'avait pas l'air d'avoir le temps d'accorder à leurs pauvres requêtes la moindre considération. Peut-être après tout que Dieu était comme les humains, un être qui s'allonge dans l'herbe pour observer une fourmilière, et de temps en temps, donner un coup de pied dedans. Pourquoi pas même, prendre une grosse loupe et s'amuser à brûler vives ces pauvres insectes innocents, frappant au hasard selon Sa terrible volonté. Et les fourmis recluses au fin fond de la fourmilière ? Il pouvait leur arriver les pires horreurs, jamais Dieu ne s'y intéresserait.

Þórbjörn n'osait pas glisser ses mains crasseuses dans les cheveux de Siri. Ces derniers l'avaient toujours fascinés, comme on est fasciné par l'odeur de sa mère emprisonnée dans une écharpe qui chatouille le nez. Ils étaient pour lui à la fois comme un symbole de beauté et de luxure. Il ne pouvait pas les tâcher de la crasse sous ses ongles, et n'attendait que d'avoir le droit au bain pour se débarrasser de l'odeur infâme de transpiration qui imprégnait sa peau. Il n'avait jamais eu le luxe de s'offrir un parfum, mais à ses dix-huit ans, son père lui avait offert son premier after-shave. Curieux cadeau pour un garçon qui avait à peine un duvet au dessus des lèvres. Son père l'avait encouragé à se raser, même si ce n'était que pour quelques poils blonds qu'on ne voyait pas. Ca les encouragerait à pousser plus drus et plus fournis. Þórbjörn l'avait écouté, et tous les matins depuis ce jour, il s'était tartiné le visage de mousse en rasant une peau encore presque imberbe. Il sentait désormais comme son père, avec une note un peu moins musquée, plus adaptée à un jeune homme. Evidemment, cette odeur-là avait disparu dans les cendres.

"Siri.. Il n'est même pas midi."

Si la notion de temps pouvait leur échapper dans ce huit-clos insupportable, Þórbjörn avait toujours une idée plus ou moins précise de l'heure qu'il était. Il se fiait aux occupations des nonnes, aux repas et à la lumière qui filtrait par les fenêtres.

"Tu crois qu'elles nous entendent ?"

Il parlait bien évidemment des nonnes, qui étaient toujours assises à quelques bancs d'eux. Il ne voulait pas se faire punir si on les soupçonnait d'être trop proches l'un de l'autre, trop tendres, pas assez chastes pour des frères et soeurs. Quel dommage n'est-ce pas.


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Dim 5 Juin - 16:03
Siri E. Holberg & Þórbjörn M. Holberg

« And I pray, my Lord, to flee »
Siri n'avait pas d'avis particulier sur ce que Dieu pouvait représenter. Elle n'y croyait simplement pas. Elle faisait partie de ces gens qui pensaient que personne n'avait créé la Terre, qu'il y avait une raison scientifique, et ce même si elle-même n'y connaissait absolument rien en sciences. Elle ne pouvait pas s'imaginer une divinité, tranquillement posée sur son nuage, à observer tous leurs faits et gestes, et à y mettre son grain de sel de temps en temps. Tiens, par exemple, si on prenait une fratrie et qu'on les faisait baiser comme des lapins ? Sérieusement. Si un tel Dieu existait alors, elle ne comprendrait pas pourquoi tout le monde le vénérerait ainsi. Mais dans la détresse, on se contredit. Dans la détresse, on fait des bêtises, ou on tente le tout pour le tout, on fait des choses telles que si quelqu'un nous avait dit qu'on ferait ça avant, on lui aurait ri au nez. Siri aurait ri, si quelqu'un l'avait prévenue qu'un jour, elle prierait. Elle aurait ri comme jamais elle n'a ri, ce qui en soi n'est pas bien compliqué, vu qu'elle ne rit quasiment jamais.

– Non.

Elle ferma un peu les yeux et laissa un léger soupir s'échapper de ses lèvres. Il ne l'entendait sûrement pas, non. De toute manière elle ne pensait pas que s'Il existait, il entendait qui que ce soit. Þórbjörn était le parfait petit croyant. Croix autour du cou, prières du soir, messes du dimanche... Il avait même des passages de la Bible avec lui, c'est dire. Dieu se foutait de la gueule de son frère, et elle détestait ça.

– Il ne fera jamais rien pour moi, parce que je n'ai jamais rien fait pour lui. Je prie pour toi. Toi, tu mérites son attention.

Siri continuait de murmurer, pour ne pas se faire entendre des nonnes. Mais déjà l'une d'elle avait ouvert les yeux dans sa prière pour les observer. La Norvégienne ne se détacha pas de son cadet pour autant, parce qu'elles pouvaient penser ce qu'elles voulaient, ils ne faisaient rien de mal. Ils ne glissaient pas leurs mains dans des endroits intimes de leur anatomie, ils ne mélangeaient pas leur salive, ils ne s'étreignaient même pas. Était-ce une faute que de perdre ses doigts dans les cheveux de son frère ou de le laisser reposer sa tête sans doute alourdie de pensées et de questionnements sur leur vie actuelle sur son épaule ? Toute bonne sœur plus âgée aurait autant de considération qu'elle pour son petit frère. Si elle pouvait être une source de réconfort pour lui, elle le serait, et personne ne pouvait lui reprocher de lui offrir un peu d'amour fraternel de temps en temps.

– Je ne savais pas qu'il était si tôt... Je ne sais même pas combien de temps je dors...

Là était tout le problème de cet asile. Comment pouvait-on guérir dans un endroit où on perd la notion du temps, où on ne sait pas ce qu'on mange, où on ne sait pas quel temps il fait dehors et où une chanson horripilante se répète sans cesse histoire d'achever le détraquement du cerveau des patients ? Étaient-ce là des conditions idéales pour soigner la santé mentale de personnes déjà abîmées par leur vie passée ? Þórri, son cher Þórri, semblait faire partie des moins atteints de l'asile. Certes, son penchant pour le feu pouvait, paradoxalement, glacer le sang. Mais il était conscient. Il restait un être doté d'intelligence, qui pouvait réagir lucidement aux horreurs qui se produisaient en ce lieu. Contrairement à elle qui ne se rendait que très peu compte de la gravité de ses actes et de ceux des autres. Même si, au fond, elle savait. Elle savait qu'elle perdait toute notion de temps, de bien et de mal, de sentiments même, parfois, alors que lui assistait à tout en se rendant bien compte de ce qu'il se passait. Encore un peu et elle devenait une coquille vide. Siri resserra sa prise sur la main de son frère, comme si le fait de s'accrocher à lui empêcherait ce qui restait de son esprit de s'envoler. Si elle mourrait intérieurement, alors il serait seul. Et c'était hors de question.

Une bonne sœur ayant fini sa prière se leva, en les dévisageant. Les yeux bleus soulignés de cernes de la jeune fille se posèrent sur elle, sans qu'une once d'expression ne passe à travers ses pupilles. Elle répondit à son frère en fixant cette femme rigide et, sans doute, mal baisée.

– Elles entendent.

Et sans lâcher la sœur du regard, Siri enlaça Þórbjörn pour le serrer un peu contre elle. Elle savait que, de toute façon, les religieuses n'allaient pas tarder à les virer, sans doute sans ménagement, de ce lieu sacré. Alors oui, elle provoquait un peu, histoire de dire qu'elles pourraient faire tout ce qu'elles voulaient, jamais elles ne la séparerait de son frère. Jamais.
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Lun 27 Juin - 18:08
And I pray, my lord, to flee.
Siri & Þórbjörn Holberg
Þórbjörn n'avait jamais eu de grandes prétentions au niveau de la religion. Il considérait que c'était comme un petit guide à l'usage de l'humain débutant. Il avait suivi ce guide avec application, et ce, jusqu'à ce que la perversion de la chair vienne envahir leur petit foyer. Malheureusement pour son âme croyante, il ne trouvait pas ça mal, mauvais, ou répréhensible. La chair appelle la chair, et comment on pouvait les stigmatiser, eux et leur amour, les réduire à cet unique aspect de leur relation : le sexe. Dans une religion qui insistait sur un unique couple originel, on pouvait se demander si les condamner à l'enfer pour inceste, c'était pas un peu l'hôpital qui se foutait de la charité.

C'était vrai, quoi. Adam et Eve ils étaient bien mignons, mais c'étaient aussi les parents de toute l'humanité, et par conséquent, on pouvait considérer qu'ils étaient tous frères et soeurs, non ? Théorie tirée par les cheveux pour justifier de tringler sa soeur dans un coin, qu'on lui répondrait. Mais lui pensait sincèrement que l'amour n'avait de frontières que celles qu'on lui donnait. Même si la nature de ses sentiments envers Siri lui était encore difficile à définir, il ne voyait pas pourquoi on les qualifierait de malsains. Parce qu'il avait glissé sa langue dans sa bouche ? Parce qu'elle le masturbait allègrement ? Parce qu'ils couchaient ensemble sans anneau au doigt ?

Pour Þórbjörn, le séjour dans cet asile n'était pas justifié. Il ne se sentait pas fou, et croyait que sa soeur était juste un peu perturbée. Pas grand chose d'alarmant, rien qui ne leur valent de pareilles conditions de vie. Il jeta un oeil aux bonnes soeurs. Qu'avaient-elles à les dévisager ainsi ? Avaient-elles peur qu'il sorte son pénis de son pantalon et leur agite sous le nez ? Avait-il l'air aussi dérangé que ça ? Il commençait à en douter.

"Je ne mérite rien du tout, Siri. Si Il ne répond pas à mes prières, Il ne répondra pas non plus aux tiennes. Il ne répond même pas aux leurs."

Il avait dit ça en désignant du menton les deux nonnes qui les observaient. Il se doutait bien qu'elles avaient du espérer mieux de la vie que de finir dans un asile miteux à s'occuper de timbrés, de dangereux tueurs et autres rebuts de l'humanité. St Dymphna ressemblait un peu à une anti-chambre de l'enfer, un avant-goût de l'horreur qui les attendait après avoir passé l'arme à gauche. En pire, puisque ceux d'entre eux qui comptaient en sortir revenaient miraculeusement à la vie par on ne savait quel procédé impie.

"Tu sais, je pense qu'Il ferme les yeux sur ce qu'il se passe ici."

Les hommes politiques de tous pays fermaient bien les yeux sur les bidonvilles, les problèmes de pauvreté précaire, les règlements de comptes mafieux et autres activités illicites et dangereuses. Dès qu'un être humain avait le pouvoir, il en oubliait ceux qu'il aurait pu aider avec ce dit pouvoir. Et si Dieu avait créé l'Homme à son image, c'est peut-être parce qu'il était aussi comme ça. Du pouvoir, il en avait, c'était sûr, mais ceux qui en avaient le plus besoin étaient ceux qui en bénéficiaient le moins. Et Þórbjörn l'avait bien compris.

"Viens, allons manger quelque chose. Tu as l'air d'en avoir besoin."

Il avait remarqué le changement chez Siri. Sa soeur autre fois discrète mais polie, douce et ferme à la fois, telle un stalactite. Il n'aurait pas trouvé meilleure métaphore. Belle comme de la glace un jour de soleil, mais terriblement dangereuse si on la secouait de trop. Il prit sa main et se leva, l'entraînant avec lui. Il était temps de quitter cette chapelle, lieu de prières vides de sens et du même silence pesant qui s'installe après qu'on ait posé une question à quelqu'un qui ne veut pas y répondre.



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